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1er Témoignage suite

En début d’après midi les batteries furent violemment bombardées par une dizaine d’avions qui exécutaient une ronde infernale à basse altitude causant des pertes sensibles en animaux et en matériel. A la quatrième batterie, une pièce dut être abandonnée : les bras de limonière étant cassés, l’adjudant Repeton resta avec un conducteur pour essayer de la réparer tandis que le combat se rapprochait et que les mitrailleuses crépitaient. Deux heures après, le mulet fut enfin lancé et la pièce parvint à rejoindre la batterie. En quittant les positions les pièces prirent de grands intervalles et furent à nouveau bombardées à Braine et à Limé ; les canonniers Brunier-Collet, Faurite et Burgat furent blessés ; une pièce de la quatrième batterie dut être abandonnée, tous ses mulets ayant été tués.

Le groupe se mis en position d’attente dans les bois de la fontaine aux loups à l’est de Chéry Chartreuse, mais les hommes sont exténués et beaucoup manquent.

Le 13 juin après plusieurs jours de tirs et de marches exténuantes, de repli, la relève s’effectua entre les éléments du premier groupe et la quatrième batterie d’une part et les cinquième et sixième batteries d’autre part. Le chef d’escadron, Guiget, accompagné du lieutenant Bouchet, de l’aspirant Lanne, et du médecin capitaine Escourrou pris le commandement de deux batteries de trois pièces ; l’une au premier groupe avec le lieutenant Debats, l’autre de la quatrième batterie avec le capitaine Burin de Roziers. Les dix pièces sont celles du deuxième groupe. Le chef d’escadron, Julien de Pomerol, rejoint avec le personnel relevé des cinquièmes et sixième batteries, le gros de son groupe et sa C R à Vert la Gravelle.

Le reste du premier groupe, éléments muletiers pour la plupart, partirent sous le commandement du capitaine Michaud, sur Linthes pour rejoindre l’E M régiment signalé à Vouarces.

A 17 h 30, les deux batteries terminent leur mise en batteries près de Lucy, lorsque le commandant Guiget reçoit l’ordre de se replier immédiatement : l’ennemi étant signalé au Baizil. Les munitions furent chargées en camion, en direction de Vert la Gravelle où le commandant Guiget leur donna rendez vous. Mais la colonne fut retardée par les bombardements d’avions qui occasionnèrent des accidents matériels; elle n’atteignit la ferme de la Gravelle qu’à 23 heures après avoir mis cinq heures pour parcourir 15 kilomètres.

Le commandant Guiguet inquiet de ne pas voir arriver sa colonne, partit une demi heure plus tôt pour rejoindre le reste de son groupe à Vouarces, mais le 14 juin à 7 heures du matin, en traversant Thaas, la voiture fut mitraillée à bout portant par une reconnaissance motocycliste allemande, le chauffeur Doubouzoz est tué, l’aspirant Lanne prend le volant pour tenter une dernière chance de salut, mais la toiture est criblée de balles, le commandant Guiguet et l’aspirant Lanne sont tués tous les deux. Suite à cela notre groupe se mit sous les ordres du capitaine Michaud.

Le jour suivant, cinq autos mitrailleuses firent subitement irruption dans le village : l’alerte fut donnée. Les officiers qui se trouvaient le plus près notamment le capitaine Verger, se précipitèrent sur les mitrailleuses et ouvrirent le feu : les autos blindées n’insistèrent pas et repartirent vers l’ouest. Le maréchal des logis Joffy gravement blessé fut évacué.

Le capitaine Michaud, vers neuf heures, donna l’ordre du départ, les voitures partirent en tête. Elles traversèrent la Seine à Vaillant vers midi et se camouflèrent dans le bois à l’entrée de Saint Mesmin.

Vers 13 heures, le pont sauta et les automobiles furent encerclées par des éléments blindés qui attaquèrent. Après une brève et inutile défense au cours de laquelle le canonnier Dominici fut tué et quelques hommes blessés environ 30 sous officiers et canonniers la plus grand partie du détachement furent fait prisonniers.

Le capitaine Michaud à la tête de la colonne muletière passa l’Aube et franchit la Seine à Vaillant mais les allemands y sont déjà. Le capitaine se porta en avant pour reconnaître le passage ; il fut tué glorieusement au cours de cette reconnaissance. Nous vîmes son cheval revenir seul, traversé de trois balles.

Restant alors sur la rive droite du fleuve, le détachement sous la conduite du capitaine Pollet, continua en direction de Troyes, à travers bois et forêts dans la nuit du 14 au 15 juin. Nous parvenons à franchir le fleuve et poursuivons la route sur Tonnerre en évitant les routes. Arrivés à quelques kilomètres de cette ville et apprenant qu’elle est occupée, le capitaine Pollet fit obliquer la colonne au sud est vers Melissey, Pinelles et les Forges qui fut atteint le 17 juin.

Mais le 18, aucune issue ne semble possible. Le capitaine décida de disloquer la colonne et essaya de passer par petits éléments de batteries sous la conduite des officiers et gradés qui restaient encore. Là aussi, bien peu arrivèrent au but.

J’ai donc été fait prisonnier le 18 juin 1940 à Jully les Forges. Nous étions 150 à 200 prisonniers. Le capitaine Pollet a été fait prisonnier le lendemain à Guinay le Vicomte avec quelques sous officiers et canonniers de sa batterie en essayant de se ravitailler dans une ferme reconnue un peu tard, occupée par l’ennemi.

Depuis Jully les Forges, nous avons commencé un long périple à pied, sans eau, sans nourriture, sous un soleil de plomb pour rejoindre un premier camp où nous sommes restés deux jours. Des orages ont fait suite à la chaleur, nous étions trempés, nous ne pouvions pas nous changer et nous repartions pour 50 kms encore pour rejoindre un autre camp nous avancions a coup de crosse. Quand on passait, les civils essayaient de nous donner de l’eau mais nous ne pouvions pas le prendre puisque les allemands nous piquaient avec la crosse du fusil..

Au camp de Troyes dans l’Aube, dans un hôpital en construction, sans porte, ni fenêtre, on a dormi sur des chapes en ciment grossier pendant deux mois et demi.

Suite et fin du 1er témoignage
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