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2ème Témoignage suite

Au camp, en cette fin d’année 1943, l’existance est pénible... les punaises attaquent toujours; les alertes nocturnes aux bombardements sont très fréquentes avec le passage des forteresses volantes américaines qui s’acharnent sur les villes de Brux (dépôts d’essence), à moins de 30 kms et de Dresde, qui elle, est située à 90 kms. Les immenses lueurs qui rougissent dans le ciel et le grondement continu des explosions nous apportent une certaine joie et ... beaucoup d’espoir ! Les multiples déboires des nazis entrainent d’énormes restrictions alimentaires: boules de pain pour 6 à 8, rations de magarine ou de fromages réduites, rutabagas ou pommes de terre avec de minuscules morceaux de viande à midi, bouillon d’orge avec, parfois, un reste de pain. Le soir, heureusement ! des colis, envoyés par ma chère mère désespérée à l’extrême, m’apportent un grand réconfort moral et un complément nutritif de survie indispensable.

Conséquences d’un évènement exceptionnel :

Début décembre 1943, les prisonniers sont soumis à un choix important: - rester prisonniers de guerre, ou, - devenir civils libres, avec droit: de circuler hors du camp, de percevoir un salaire en marks officiels, équivalant à celui des ouvriers allemands, et d’obtenir une permission pour rendre visite à la famille en France. La presque totalité des KGF accepte cette proposition miraculeuse. Je fais partie du groupe des réfractaires, refusant cette liberté si généreusement accordée ! Après l’instauration du système, les relations entre PG et civils se dégradent à la fabrique et au camp. La mésentente crée des incidents courant janvier 1944; les dissidents quittent le kommando réservé en totalité aux civils et sont affectés au Kommando Belges n° 959 à Mérélitz; très bien accueillis par nos nouveaux amis qui déplorent le choix de PG français, nous bénéficions immédiatement des largesses de la Croix Rouge belge. Notre nouvel homme de confiance est un sympathique liègeois, interprète de talent, qui intervient auprès des sentinelles qui ont trop souvent tendance à nous considérer comme de fortes têtes; nous abandonnons aussi notre emploi à la fabrique de "machines Panhans" pour travailler à l’importante usine Sumag (production de pièces destinées au montage des avions de chasse et à réaction Messerschmilt). Ironie du sort, je deviens tourneur sur une machine outil semi automatique: initiation rapide, après réglage et essais, le spécialiste me montre quelques manœuvres à effectuer, et je prends le départ. La pièce obtenue est conforme à l’échantillon donné, je peux donc continuer en améliorant le temps d'exécution, sans oublier de prévenir le régleur en cas de malfaçon. Au fil des jours, des semaines et des mois, j’accomplis ce métier d’automate; les journées sont bien longues, la station debout très fatigante, la rotation continue du métal brillant irrite les yeux, l’incitation sans cesse renouvelée de produire toujours plus, les reproches du contremaître qui ne tolère plus les absences au wc, rendent la captivité insupportable. Je vais donc à la visite médicale et j’insiste sur mes yeux douloureux. Je suis conduit à un ophtalmo à Komoto: j’espère changer de poste; je subis un examen rapide, et suis exposé, pendant plus d'une heure, à la lumière d’une puissante ampoule, pour cautériser la plaie, car j’ai une conjonctive purulente; mais mon état étant jugé "gut", je repars avec des lunettes de récupération, et le lendemain je reprends ma tâche. Il faut accroître la production à la Sumag et on travaille jour et nuit, et, de ce fait, le régime des 3x8 ne favorise pas le repos. Les "bouteillons" sont remplacés par de vrais nouvelles qui remontent le moral des PG, et l’incroyable se produit le 7 où 8 mai, lorsque les soldats russes ouvrent les portes du camp: la guerre est finie, nous sommes libres, tout va alors aller très vite.

- 9 mai 1945, vers 19 heures, départ de Ménéritz: nous sommes 5 copains pour prendre la direction de l’ouest.

- 11 mai, arrêt près de st Joachimsthal, pause pour une bonne semaine de repos, dans une modeste ferme où nous trouvons des gens sympathiques.
- 20 mai: transport en camion américain à Bambéry, grand camp de rassemblement des PG.
- 25 mai: départ de Bambéry en wagon, pour atteindre, le 27 mai, Longuyon où nous recevons notre fiche de transport.
- Le 28 mai: départ par Vierzon et Brive et, le 30 mai, je retrouve Aurillac et ma famille

QUEL BONHEUR: enfin, la LIBERTE retrouvée ....... ! ! ! ! !

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